Extrait 3

Macabre découverte

Non loin de Ouaset, dans un village nommé Madou, une dizaine d’enfants nus courent ensemble joyeusement en lançant des cris, à quelques pas du temple « Montou à tête de faucon ». A peine essoufflés, ils s’élancent en riant vers les grands flots, dans un endroit marécageux rempli de papyrus.

L’un des enfants, qui a peine à freiner son élan, atterrit, plongeant la tête la première, dans l’eau du fleuve. Coulant à pique, il disparaît sous la surface. L’endroit, souvent fréquenté par les crocodiles, est dangereux. L’enfant réapparaît soudain et a vite fait de regagner la rive à la nage sous les yeux inquiets de ses camarades.

— Tu nous as fait peur, lui dit l’un d’eux en l’aidant à se retirer de l’eau.

— T’as pas su t’arrêter ? demande naïvement le plus vieux au petit garçon ruisselant.

L’enfant regarde fixement l’eau en étant incapable de répondre, pendant que les autres commentent l’accident, riant et gesticulant, en mimant la scène chacun leur tour. Pourtant, au bout de quelques minutes, voyant leur camarade sans réaction, ils s’interrogent.

— Qu’est-ce qu’il a ?

— Il a eu peur... Il y a des crocodiles parfois ici, répond le plus vieux. Regardez-le, il ne bouge plus... Hé ! ça va ?
N’aie pas peur, tu n’as plus rien à craindre...

L’enfant frissonne et remue les lèvres sans pouvoir émettre un son.

— C’est le choc, constate l’aîné de la bande, ça lui passera. Allez, on rentre, l’endroit n’est pas sûr.

— J’ai vu..., dit avec effort le petit accidenté, en voyant ses amis partir.

— Qu’est-ce que tu as vu ? demande le plus grand.

— J’ai vu un homme... Il me regardait... Là, dit-il en pointant son doigt au fond de l’eau. J’ai presque touché son visage..., lui raconte-t-il sous le regard consterné des autres. Le plus vieux, prenant son courage à deux mains, s’allonge sur le ventre et met sa tête dans le fleuve pour vérifier.

— Par le dieu Montou, il dit la vérité. Il est là, sous l’eau, tout blanc... Il ne bouge pas, je crois qu’il est mort...
raconte-t-il en s’essuyant nerveusement le visage. Allons chercher mon père.

En poussant des cris, comme éperdus, les enfants alertent la moitié du village. Un peu avant la nuit, les hommes de Madou remontent un corps lesté et affreusement mutilé sur les berges du fleuve.

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